LE PETIT RAT PORTEUR MARTIEN


La Société de Préservation du village vert
par Georjabitbol , l'homme le plus classe du monde



Présentation

Les membres :

Georjabitbol : Grand Curateur inamovible
Herkus : Grand déblatérateur assermenté
Phaloide : Grande poésitophage à bascule - Morte en tombant dans un trou - Incinérée dans le labyrinthe du Sphinx
Elea : Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse
Eleanoare : Grande Disperturbée AbsurdoCarnétologue
Aneesha : Grande magicobjeticienne de la Pire Hâterie
Zenith : Grand Crapoteur sans flamèches
Georg : Splendide Baveuristologue du Fraisier
Caldeira : Grande Absolutioniste du Prieuré Neutronuke
Tiflan : Flegmatique Flanistologue du Caramélisme
Vdup : Concierge

Le but :

La Société de Préservation du village vert est une apologie désuette et surannée des valeurs qui n'ont plus aucune utilité aujourd'hui, d'où leurs immémoriales importances.

Nous pouvons, en toute modestie, assimiler cela à une sorte de collège de pataphysique martien cher à Boris Vian.
Des titres, complètement honorifique et n'engageant à rien sauf à rester soit même sont attribués.

L'hymne :

Nous sommes la société de préservation du village vert
Que Dieu sauve Donald Duck, le vaudeville et la variété
Nous sommes la société d'adulation de Dan le désespéré
Que dieu sauve la confiture à la fraise et toutes sortes de variétés
Préservant les chemins du passé de l'oubli
Protégeant les chemins nouveaux pour nous et pour vous
Que pouvons nous faire de plus ?

Nous sommes la société de conservation de la bière pression
Dieu sauve Madame Mopp et cette bonne vieille mère Riley
Nous sommes le consortium d'appréciation de la tarte à la crème
Que dieu sauve la croix du saint George ainsi que tout ceux qui lui ont attribué louanges
Nous sommes les défenseurs de l'Anglais vernaculaire parlé par Sherlock Holmes
Que dieu sauve le Fu Manchu, Moriarty et Dracula
Nous sommes les commanditaires des actions contre les quartiers d'affaires
Dieu sauve les petites boutiques, la porcelaine de chine et la virginité
Nous sommes le groupuscule de condamnation des gratte-ciels
Que dieu sauve les maisons de style Tudor, les meubles anciens et le billard Anglais
Préservant les chemins du passé de l'oubli
Protégeant les chemins nouveaux pour nous et pour vous
Que pouvons nous faire de plus ?







Episode 1 : Préambule

Le paquetage était fin prêt. Uniquement le strict nécessaire : du caviar lyophilisé, une petite réserve de Dom Pérignon en poudre émulsifiante, mon intégrale des Œuvres complètes de Jean Genêt Cunechosezavoudir en microfiche solaire, un costard en fibres de synthèse larvique de rechange, mon jacuzzi portatif, mon sac de couchage en soie qui gratte pas, et bien évidemment, mon calepin et ma plume en or.

Ce fut une décision finalement facile à prendre, parcourir la surface de Mars, raviver la flamme du journalisme de terrain, apporter aux peuplades reculées la divine pitance du tout médiatique, rapporter à nos cités surdéveloppées le potin insignifiant mais tellement frais et naïf du sauvage qui ignore même l’existence de l’essoreuse à salade en plastique.

Me voilà face à ce désert que je parcourais à pied, en effet, il me tient à cœur de revenir à des valeurs vraies. Au diable les moyens de locomotion modernes. A moi Robert Namias et autre Roger Gicquel, je porterai haut votre flambeau du journalisme intrépide aux confins de ce monde qui n’en méritait pas tant.

C'est à ce moment précis que je fut pris d’un moment de grâce littéraire peu commun, et déclamai face à ce vent empreint de particules nucléaires : « Liberté, par-delà les roches amochées et les moches accrochées j’écrirai ton nom, je serai ton valet, ton roi, ton dix... Mais pas ta reine, faut pas déconner non plus ».
….
Quelques heures plus tard
….
Dieu que ce sable est monotone, des dunes... Des dunes... Et là… Oh ! Une dune !
Au terme d’une marche harassante d’une demie journée, il m’apparut opportun de faire le point. L’évidence gicla telle une pustule malséante sur le plus beau des visage.
Je ne suis qu’à une demie journée de marche de mon bunker ! Voilà l’endroit idéal où passer une nuit confortable ! C’est ainsi que, fier de cet objectif inaltérable, je rebroussai chemin.

Aaaaah ! Le confort douillet de son bunker, mon Empire pour une coupe de champagne frais.
Oh ! En plus ils passent « La 7ème compagnie en orbite géostationnaire » à la télé, ça doit bien faire deux mois que je ne l’ai pas vu.

Mars, planète hostile aux contrées inexplorées, demain je repartirai à ta conquête. Mais en Betrayal hein... Il me semble adéquat de prouver dans ma démarche la supériorité le l’Homme sur la machine en l’asservissant à ses grandes entreprises.

Et du sommeil du juste, l’HLPCDM s’endormit en rêvant de ses conquêtes futures.

C’est ainsi que sa muse, aussi versatile qu’insolente, vint le bercer doucement en lui parlant de la Société de Préservation du Village Vert...







Episode 2 : La Genèse

S’il est bien une chose injuste en ce bas monde, c’est bien de se lever le matin avec un mal de crâne de tous les diables sans avoir bu la veille. Si j’avais su…

C’est en me dirigeant d’un pas mou vers ma machine à café que je vis l’objet. Aussi beau que dans les livres d’images Panini. C’est ainsi que me revinrent en mémoire mes songes de cette nuit. La société de Préservation du Village Vert...
Je saisis alors mon Vox pour y mettre un terme.

Quelques heures plus tard, ils étaient tous là devant moi : le Grand Déblatérateur assermenté, la Grande Poésitophage à bascule, la Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse, la Grande Disperturbée Absurdocarnétologue, la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie, le Grand Crapoteur sans flamèches, la Grande Absolutioniste du Prieuré Neutronuke, le Flegmatique Flanistologue du Caramélisme, la concierge... Chacun excellant comme éminent spécialiste dans son domaine. Seuls quelques uns manquaient encore à l’appel.

En cet instant unique, tous me rendaient mon regard bovin, car j’avais oublié ce que j’avais à dire, sauf le Flegmatique Flanistologue du Caramélisme qui rigolait tout seul comme un con.

Je me dirigeai alors vers mon bureau, histoire de gagner du temps, pour m’asseoir. Un bruit ignoble déchira violemment le silence gêné qui s’était sournoisement introduit dans la pièce.

« Hum... très drôle le coup du coussin péteur cher Flegmatique Flanistologue du Caramélisme »

« Bon, c’est pas tout, mais je vous ai pas seulement demandé de venir ici pour vider ma cave comme des sagouins, je tenais à vous montrer ceci… »

« Silence gêné».
...
« Silence gêné persistant ».
...
« Heu, c’est quoi ? » osa le Grand Déblatérateur assermenté.

« Bonne question, il s’agit d’un objet mythique : le seau des B.O.S.S. en plastique. Ne me demandez pas, j’ai pas trouvé la pelle et le râteau… Mais il semblerait avoir déjà servi à faire des pâtés de sable. »

« Silence gêné intolérable » .

Mon sang ne fit qu’un tour ! Je me levai d’un seul bond et me dirigeai vers ma chaîne hi-fi en or, que je repoussais négligemment car une chaîne hi-fi en or ça ne sert à rien, pour ramener vers moi un petit lecteur de cassette en plastique. J’appuyai sur « Play » et l’Adagio d’Albinoni mit le silence gêné à la porte dans un élan délicat mais ferme.

« Mes amis, j’ai fait un rêve ! Enfin deux, mais le premier n’a aucune importance. J’ai rêvé d’une mission noble et inutile, d’une expédition aux confins des rêves oubliés, partons à la découverte des trésors cachés de ce monde austère ! Je suis sûr qu’une flopée de richesses immémoriales n’attendent que nos petites mains potelées pour revivre à la lueur du jour, montons la plus grande expédition du notre ère !
Mes amis, j’aimerais vous parler de la Société de Préservation du Village Vert... »







Episode 3 : Les préparatifs

Par tous les seins du dernier numéro de Playboy Magazine, que cette réunion fut fastidieuse. Une équipe triée sur le volet, mais c’était chaud pour l’équilibre, la prochaine fois je ferai le tri assis sur une chaise.

C’est ainsi que je décidais d’aller boire un coup chez Charlie. Saisi d’emblée par l’atmosphère enfumée de la salle, je pris place au comptoir et allumais un cigare de qualité. Un piano fatigué jouait « In the mood for love » dans un recoin invisible pour parfaire la caricature.

« Hey Charlie ! Chopine s’te plait ! ». Il m’apporta mon godet avec cette démarche ridicule de pingouin malhabile en faisant tourner sa vieille canne.

Je commençais seulement à me détendre lorsque Charlie me tendit un bout de papier.

- « Un gus a laissé ça pour toi ».

Je m’en saisis et essayai de décrypter des phrases, à priori, codées.

« J’ai eu ventouse de votre projection de missionnaire. J’ai des infosses septiques. Rendez-vous mains en l’air de rien dans votre bunker de loup d’ici une heure ».

Je finis mon verre avec l’intime conviction qu’un pauvre type se payait ma tête et m’en retournai rejoindre mon domaine d’un air que j’espérais digne.

Un peu plus tard, on tapait discrètement à ma porte, j’ouvris et fis rentrer rapidement un jeune homme les bras chargés de cartons.

« Alors, dis-je d’emblée, qu’avez-vous à me montrer ? ».

L’air gêné, il me tendit un document… Je constatai avec effroi qu’il s’agissait d’une photo de trois chatons entourés d’une pelote de laine.

« Je ne comprends pas, lui dis-je, C’est quoi cette merde ? ».

« Ben, un calendrier, me répondit-il avec aplomb dans l’aile ».

« Un quoi ? Mais vous êtes qui ? ».

« Ben, le facteur… Je sais j’suis un peu à la bourre, mais on n’a qu’à dire que je suis très en avance. C’est pour les étrennes… »

N’en croyant pas mes yeux, je tendis à l’impudent quelque menue monnaie après avoir choisi un exemplaire orné d’un cheval qui broutait avec l’air assez con caractéristique d’un cheval qui broute, puis je refermais aussitôt la porte derrière lui.

Je cherchais vainement comment me débarrasser de mon affreuse acquisition quand on frappa de nouveau à la porte. Un homme que je n’avais jamais vu se tenait face à moi. Aucun calendrier en vue, je le fis entrer dans la pièce…

« Je vais être bref, me dit-il d’emblée, je travaille pour la Firme depuis de nombreuses années. Mais je ne suis plus en accord avec certaines choses, une faction dissidente a décidé d’agir. J’ai eu vent de votre projet d’expédition, ainsi que du fait que vous êtes en possession du seau en plastique des B.O.S.S. Cet objet suscite bien des convoitises. Il est vrai qu’il permet de faire des pâtés de sable parfaits… Mais je suis surtout ici pour vous apporter une information, il serait judicieux, à mon sens, que vous orientiez votre mission vers Grave Didier… ».

« Hum, vous voulez certainement parler de Grave Digger ? ».

« Nan nan, Grave Didier, vous connaissez cette manie de nos jours de tout angliciser… C’était un pote à nous, comme il était toujours à quatre pattes en train de remuer la queue, on a fini par l’appeler Didier, et il était plutôt grave… Puis il s’est mis à grandir démesurément et il a voulu se venger de toutes les brimades qu’il a subies ».

« Bigre ! »

« Bref, donc vous avez entendu parler de la tribu des Désolés de Grave Didier ? Une espèce de rassemblement hétéroclite, n’y voyez rien de sexuel, de gars qui planent très haut sans besoin d’une dalle. Toute cette clique squatte autour de la relique de Grave Didier, sa Mâchoire ».

« Pas vraiment en ces termes mais bon ».

« Un truc énorme se trame... J’ai comme qui dirait besoin de votre expédition, mais je ne peux tout vous révéler pour l’instant ».

« J’ai l’habitude d’être largué, continuez. »

« Bien, ils ont capturé il y a quelques temps un gars qui s’appel Cheer, un grand Leader, qui s’avère disposer d’informations importantes sur le seau des B.O.S.S. en plastique, il pourra vous aider. Sauvez le Cheer Leader, vous sauverez le monde !
N’essayez pas de me contacter, c’est moi qui vous contacterai… ».








Episode 4 : Le départ

Mars morne plaine…

Face à moi, la Société de Préservation du Village Vert.

Derrière moi, une étendue sans fin de sable, notre objectif.

Je grimpais sur un monticule pour prendre la parole. Muni de mon petit magnétophone en plastique, j’appuyais sur la touche « Play » et une sonate de Litz résonna à nos oreilles.

« Chers sociétaires,
Nous voici réuni en zone Austère à la veille d’une des plus grandes aventures qu’ait connu le Monde.
Mes chers amis, un homme est venu à moi cette nuit. Ayant eu vent de notre projet, il m’a communiqué quelques précieuses informations. Cet homme représente à priori une faction dissidente de la Firme. Nous devons nous rendre chez les Désolés de Grave Didier. Ces derniers retiennent prisonnier un gars qui s’appelle Cheer, un grand Leader. Il détient des informations qui pourront nous être utiles sur le seau des B.O.S.S. en plastique. Mon interlocuteur a été clair, sauvez le Cheer Leader, vous sauverez le Monde…

Mes amis, des frissons parcourent mon petit corps musclé à l’idée des aventures qui nous attendent. Le Choix de la zone Austère et de Franz Litz n’est pas anodin ».

Je me retournais, et indiquais fébrilement le soleil qui se levait.

« Les générations futures se souviendront de cette équipée qui regardait, à l’aube de leur destinée, un soleil flamboyant se lever en zone Austère en écoutant Litz. Les générations futures se souviendront du soleil d’Austère Litz !

Hum bon…. Allez en route, tous dans le Bustrayal ».

Nous n’avions pas roulé depuis 5 minutes que je fus saisi d’effroi en regardant en arrière.

« Non d’un cartel de mes deux Lynn, nous avons Laufer à nos trousses ! ».

« Que se passe-t-il ? » Me demanda fébrilement le Grand Crapoteur sans Flammèches ?

« C'est Pinoux, il court derrière nous. On accélère ! Mais pourquoi diable se trimballe-t-il en armure ? »

Aaaaah ! Les joies du voyage de groupe en Bustrayal non climatisé, l’atmosphère délicatement empreinte du sandwich au saucisson d’âne matinal du Grand Déblatérateur Assermenté.
Spontanément, les sociétaires entonnèrent avec entrain « La complainte du terraformeur qui avait le slip qui colle ».

« Dites moi, demandais-je à la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie, je trouve que nous sommes bien secoués…. Qui conduit ? ».

« Il me semble que c’est la Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse, me répondit-elle en envoyant en l’air une poignée de confettis qui collent ».

« Mais… N’est-elle point aveugle ? ».

« Oui, comme un pot ».

« Je vois….. » D’emblée, je constatais avec joie que nous nous répartissions les tâches naturellement en fonction de nos qualités.

« Hé ! Hurla le Flegmatique Flanistologue du Caramélisme, Ya un gus qui fait du stop ! ».

Je me rapprochais de la fenêtre, constatant qu’effectivement il n’y avait alentour aucun gladiateur ou autres lions, j’en vins à la conclusion que ce petit bonhomme au pouce levé devait bien être en train de faire du stop perdu dans le sable martien… Nous nous arrêtâmes.

« Bien le bonjour à vous, nous dit-t-il, je me nomme Dumble, je parcours la surface de Mars pour recenser les campings pour la première édition du guide du routard martien ».

« Bigre…. Et bien, montez mon brave ».

« C’est bien aimable à vous. Ça ne vous dérange pas que je prenne des cachets pour dormir ? Je suis un peu malade en voiture. Dites moi, c’est normal cette odeur de saucisson d’âne ? ».

Et nous repartîmes, sous les chants entêtés de « L’adepte n’avait pas de culottes ».

Après quelques heures de routes cahotantes, le Flegmatique Flanistologue du Caramélisme, hurla de nouveau.

« Et bordel, regardez ! Un cimetière ! » Que ce petit flan avait la vue perçante…

Nous nous arrêtâmes une nouvelle fois. Nous étions cernés de pierres tombales aux inscriptions effacées. Bizarre, cela n’était indiqué sur aucune carte. Nous déambulions parmi les sépultures lorsque une voix s’écria.

« Mais bordel de Dieu ! Les morts sortent des tombes ! ».

Je fus saisi de terreur, des mains sortaient effectivement du sable martien, suivies par des têtes, puis un ensemble qui aurait pu en d’autre temps être appelé corps. Les morts se redressaient, nous nous regroupâmes proche du Bustrayal. Il n’y avait plus aucun bruit…

Les morts nous jetèrent un regard que je qualifierais d’indigné, puis ils entreprirent de plier leurs tombes sous nos yeux effarés. Le tout semblait assez pratique et rentrait dans un petit sac à dos. Pour rajouter à l’extraordinaire de la scène, les morts s’envolèrent tour à tour…

« Oh ! Un vol de mort » s’écria le Splendide Baveuristologue du Fraisier.

« Et dire que pendant ce temps là, Dumble dort », rajoutais-je fort à propos.

Le temps de nous ressaisir, et nous repartîmes. Dumble s’éveilla alors.

« Dites, on n’a pas croisé un cimetière ? C’est ma première étape pour mon guide. Un squat de mort volant migrateur ».

« Hum… Non ça nous dit rien ».

Si il y a bien une règle valable en ce bas monde, c’est d’ignorer ce que l’on ne comprend pas.
Enfin, si on n’a pas réussi à le détruire avant bien sûr.

Le soir commençait à tomber. Il fallait penser à faire halte quelque part. Quand soudain, aussi grandiose qu’improbable, au détour d’un virage qui n’existait pas, nous apparut au loin la mâchoire de Grave Didier.

- « Mes amis, nous y sommes… ».







Episode 5 : Les désolés de Grave Didier

Ce fut une nuit longue et agitée. Nous avions fomenté un plan d’action imparable. Je me levai péniblement pour aller relever le dernier tour de garde. C’est ainsi que je trouvai le Grand Crapoteur sans Flammèches grassement endormi, un cigare éteint au bec.

Le plan, aussi astucieux que simple, consistait à envoyer la Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse détourner l’attention des Désolés de Grave Didier en se faisant passer pour une vendeuse de chouchou.

« Bon, tout le monde est prêt, Elea, c’est à toi. Non, non, non, quelqu’un pourrait la rattraper et la mettre dans la bonne direction ? ».

C’est ainsi, d’un pas aussi sûr qu’un placement boursier dans le Crédit Lyonnais, que notre vendeuse se dirigea vers le campement. Un rassemblement se créa assez rapidement autour d’elle…

« Au fait, remarqua fort à propos, mais un peu en retard, la Grande Absolutioniste du Prieuré Neutronuke, elle n'a pas de chouchous… Comment elle va faire pour vendre des chouchous ? ».

« Je suis sûr qu’elle va les embrouiller suffisamment pour leur vendre du sable. Bon allez, on y va, je ne veux entendre aucun bruit ! ».

Le reste du groupe se faufila vers la mâchoire de Grave Didier. Nous vîmes enfin le Cheer Leader. Suspendu à une corde, dans le vide, bâillonné comme un jambon du sud ouest, une vingtaine de mètres au-dessus du sol. Nous essayâmes de lui faire signe, mais il ne semblait pas réagir.

« Bon, la corde est fixée là-bas quelqu’un pour la décrocher doucement ? ».

Le Grand Déblatérateur assermenté, suivi de la Grande Disperturbée AbsurdoCarnétologue entreprirent de le détacher.

« Ok, donc… »

« Aaaaaaaaaaarrrrgggggghhhhhhh » *Bruit d’œuf géant que l’on écrase* « Je croyais que tu tenais ! » « Ben non, on a dit que c’était toi qui tenais ! ».

« Allons donc ! », je me dirigeai vers le lieu de l’impact, une infâme bouillie vermillon était délicatement absorbée dans le sol.
Il y avait tout de même quelques morceaux reconnaissables…

« Bigre ! Bon… Heu… Ne vous inquiétez pas, il est censé se régénérer ». Alertés par le bruit, les Désolés de Grave Didier nous rejoignirent.

« Hello, Hum… Nous sommes la Société de Préservation du Village Vert… Nous... Heu… Venons pour sauver… Hum… le Cheer Leader… ».

Celui qui semblait être le chef se rapprocha de moi.
- « Ha ouais ?, Bah désolé ».

J’insistai tout de même...

« Hum... Sinon, pourquoi reteniez-vous prisonnier ce brave jeune homme ? ».

« Ha ouais ?, Bah désolé ».

La Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse me chuchota à l’oreille…

« Dites Grand Curateur... Les Désolés là… Pour causer avec eux… Ben disons... Ils sont désolés quoi… ».

Je crus saisir le sens de ces mots et n’insistai pas.

Dix minutes passèrent, chacun d’entre nous tâtonnant du bout du pied les restes du Cheer Leader.

« Bon ben je crois que pour ce qui est de la régénération c’est râpé ».

« On dirait même que c’est en train de sécher » avança la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie.

« Ha ouais ?, Bah désolé » rajouta un Désolé de Grave Didier.

« Hum… Merci vieux. Bon je crois que pour sauver le monde c’est mal barré là ».

Mon Voxterm portatif sonna à ce moment là. Je reconnu la voix de mon étrange visiteur.

« Avez-vous retrouvé le Cheer Leader ? ».

« Hum… Oh ça oui... Disons qu’il va falloir trouver des petits pots si on veut vous le ramener… Une petite chute l’a rendu… Hum… Un peu liquide »?

« Voilà qui est fâcheux »/

« Heu… On est désolé… Nan ! Pas désolé ! Enfin, on regrette quoi, pour sauver le monde, tout ça quoi… ».

« Tant pis pour le journal, nous trouverons autre chose ».

« Le journ… Je crains de ne pas saisir ? ».

« Ces infos sont confidentielles, quoi que vu les évènements... La Firme tente des OPA pour récupérer les organes de presse francophones, avant de s’attaquer au marché international. Le prochain en vue était le journal « Le Monde », hors Cheer avait un plan et des investisseurs secrets pour récupérer au nez et à la barbe de La Firme le quotidien. La Firme met en place une propagande terrienne très coûteuse. Ce qui explique en partie les récentes augmentations exorbitantes de la vie sur Mars. C’est un échec patent... Je vous recontacterai. ».

« Heu oui… Bonne jour… *click* ».

Un Désolé de Grave Didier s’approcha de moi.

« Ha ouais ?, Bah.»

« Ouais je sais, désolé, bah j'en ai rien à secouer de désolé, casse toi ! ».

Ceci semblait l’avoir interloqué. « Rien à secouer... Rien à secouer... Ben en v’là une idée ! Hé les gars, y'en a marre d’être désolé, soyons les Rien à secouer ! Les Rien à secouer de Grave Didier ! ».

« Ouais, bonne idée ça, les Rien à secouer ! ».

Un enthousiasme sans borne enflamma aussitôt notre petite tribu, les Hourras succédaient au lynchage de ceux qui osaient un « désolé ».

« Ouais, on est les Rien à secouer ! Allez, on s’casse d’ici ça craint, tous au Bar du Forage, Rien à secouer ! ».

« Ouais, Rien à secouer ! ».

Nous nous retrouvâmes seul. Je sentis comme une pointe pernicieuse d’accablement mêlée à un sentiment d’échec lorsque la Grande Poésitophage à bascule cria :

« Non d’une vilaine Carpe !
Au sein d’une prothèse dentaire
Qui lui tenait lieu de molaire
Le bougre avait une carte ! »

Nous nous rapprochâmes, la Grande Poésitophage, Dieu sait pourquoi, avait dévissé ce qui semblait bien être un plomb dentaire aussi gros qu’un ballon de basket. Elle tenait à la main un parchemin.

« Là, regardez, cher curateur
Telle une corolle débonnaire
Un festoiement de... »

« Bon ok ça va, donnez-moi ça !».

La carte était vieille. Je reconnaissais l’endroit et les lieux cités. Sauf un, entouré d’un trait rouge, appelé l’Oracle...

Par-dessus mon épaule, le Grand Crapoteur sans flamèches souffla :

« Bah vu qu’on a tout foiré et qu’on a rien d’autre à faire, on pourrait aller voir ? ».

Je ne pus que reconnaître la justesse de ces propos...









Episode 6 : La revanche du xénosupion géant

Nous roulions vers notre objectif, la chaleur dans le Bustrayal était suffocante. Tout à coup le sol se mit à trembler, brisant la monotonie douillette où nous étions confinés.

Je me redressai sur mon siège et demandai : « Vous avez senti ? ».

« Ce n'est pas moi me répondit le Grand Crapoteur sans flamèches, j'ai plus mal au ventre ».

« Non ! Non ! La secousse ! Le sol a tremblé non ? »

Je n'eus guère le temps de recevoir de réponse que le sol trembla à nouveau. Face à nous, celui-ci semblait s'élever, et dans les éboulis nous vîmes surgir d'immenses tentacules qui se projetaient dans notre direction.

Les membres de la communauté se mirent à hurler.

Les tentacules saisirent le Bustrayal et le soulevèrent, nous fûmes projetés de toutes parts, impuissants.

« Il nous faudrait un plus grand bateau, il nous faudrait un plus grand bateau ! » hurlait la Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse qui semblait complètement perdre les pédales.

Dans un craquement infernal, le Bustrayal fut brisé en deux, le Splendide Baveuristologue du Fraisier tomba, et percuta le sol dans un fracas de coquilles baveuses assez peu ragoûtantes.

Pendant que je me tenais à mon siège pour encaisser les secousses, l'autre partie du Bustrayal fut amené vers la tête du monstre qui venait à peine de surgir, une gueule béante s'ouvrait avidement.
Plus étrange, son crâne s'ornait d'un chapeau cotillon mauve à paillettes assez moche.
Soudain, un neurone traînant dans quelque recoin obscur de mon cerveau dut se souvenir de sa mission première en décidant de rebrancher ses synapses, je reconnus notre immonde agresseur.

« Un xénosupion ! C'est un xénosupion géant ! Je pensais qu'ils avaient tous été détruits ! »

L'instant VoxTermpédia : « Le xénosupion est l'ancêtre de la larve martienne. Élaboré par les laboratoires de La Firme pour être élevé dans des cuves hermétiques, le xénosupion atteignait très vite une taille de plusieurs mètres de haut, ce qui était plutôt embêtant. Cet encombrement les obligeant à se manger les uns les autres pour survivre dans des cuves devenues trop petites. Après quelques attaques sur des terraformeurs, dont certaines mortelles, les Xénosupions furent détruits pour être remplacés par des larves beaucoup plus inoffensives.
Fin de l'instant VoxTermpédia.

Le Monstre secoua la moitié de Bustrayal proche de sa gueule, et je vis avec horreur les pauvres Grand Déblatérateur assermenté et Grande Absolutioniste du Prieuré Neutronuke tomber en hurlant avant d'être mastiqués mollement... Vint le tour du Flegmatique Flanistologue du Caramélisme, le monstre sembla apprécier le flan, savoir que nous allions finir dans l'estomac d'un pseudo poulpe géant gastronome me rassura quelque peu.

Le monstre rejeta au loin la première moitié désormais vidée de ses occupants, puis ce fut notre tour, la bouche infernale s'approcha, je pus sentir son haleine fétide mais quelque peu caramélisée.

Il s'ébroua, et quelques paillettes argentées furent projetées vers nous. Les tentacules secouèrent alors notre véhicule afin de nous faire glisser vers sa gueule béante. Je tentai de me tenir le plus fermement possible, ne voyant aucune issue à ce cauchemar. C'est alors que je vis la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie glisser inexorablement vers sa fin horrible...
Me regardant, étrangement sereinement, elle m'appela au secours « Grand Curateur ! Grand Curateur ! On est arrivé ! »

Dans un spasme suintant la peur j'ouvris les yeux pour découvrir la communauté rassemblée autour de moi, le visage quelque peu incrédule et la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie qui me secouait l'épaule « On est arrivé ! Grand Curateur ! »
Je regardai autour de moi, pas de monstre à l'horizon, tout semblait assez calme...

D'une voix pâteuse je demandai « Le Bustrayal est entier ? »
« Est-ce que quelqu'un peut aller vérifier que la réserve d'alcool de Juicy Carrotts est toujours là ? » demanda le Splendide Baveuristologue du Fraisier.

« Hum oui bon ça va, je me suis assoupi... Bon alors ? »

« Ben y'a une grotte là, ça correspond à l'endroit indiqué sur la carte ».

« Hum... Bon ok, on va aller voir ça, tout le monde descend ! ».

Encore sous le coup de la frayeur, je tentai de retrouver une certaine contenance en lissant mon costard froissé quand soudain je vis l'objet.

« Dites Grand Curateur, vous allez bien ? Vous semblez livide tout à coup ? » Me demanda la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie.

« Heu... oui, oui, pas de soucis, allez-y je vous rejoins ».

Là dans ma main, que je venais à peine d'ouvrir, se trouvait une paillette argentée...








Episode 7 : L'Oracle

La grotte avait l'air d'une grotte.
Son entrée était fermée par une énorme porte de métal grise, inscrit dessus on pouvait lire « Base de don », mais la fin semblait effacée. A côté un petit logo de La Firme.

« Hey, y'a un bouton là sur le côté » s'exclama la Grande Poésitophage à Bascule.

En effet, en nous approchant nous vîmes celui-ci, à côté était indiqué : « Appuyez pour ouvrir ».

« J'aime quand la vie nous réserve des choses simples, et bien Grand Déblatérateur Assermenté, appuyez donc, un peu d'initiatives que diable ! » demandai-je.

La porte s'ouvrit alors dans un crissement aigu des plus horribles.

« Marrant ça, on dirait que c'est l'hymne d'Ion » remarqua la Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse, faisant allusion à sa zone d'origine.

L'intérieur semblait aussi sombre qu'un mauvais présage, la communauté entra.

« Chouette, j'ai toujours rêvé de rencontrer un Oracle , il va peut être pouvoir me lire l'avenir avec des cartes » s'écria la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie.

« Hey ! Y'a un autre bouton, j'appuie dessus » s'exclama le Grand Déblatérateur Assermenté.

Aussitôt les portes se refermèrent dans un crissement différent mais tout aussi effroyable.

« Tiens, ça me rappelle quand ma petite soeur Hélène s'égara dans une laverie automatique » remarqua le Splendide Baveuristologue du Fraisier.

Des néons malades s'étaient automatiquement allumés, je m'approchai du bouton, à côté duquel était uniquement marqué : « Appuyez pour fermer ».

« Finalement, j'aime pas quand la vie nous réserve des choses simples... Je crois qu'on va oublier les initiatives Grand Déblatérateur... » soupirai-je.

Indubitablement coincés, nous fîmes le tour de la grotte.

En son centre trônait un petit ordinateur qui devait dater de l'époque où l'équivalent d'un voyage interplanétaire devait s'appeler un aller-retour par l'A86.

Nous nous approchâmes de l'appareil qui semblait être démarré. Sur l'écran, un listing de plusieurs personnes avec des accréditations et des codes secrets.

« Mince, c'est une vulgaire base de données Oracle... » constata, déçu, la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie.

« Je crains en effet que les seules cartes dont dispose ce vieux truc soient plus enclines à lire la mémoire que l'avenir » observais-je.

La Suprême Botacliste Cosmo-Céciteuse s'approcha du clavier et d'un geste décidé appuya sur une touche. Aussitôt l'aïeul de Mmemo grésilla et un magnifique écran bleu remplaça le listing. Écrit sur l'écran, nous pouvions lire « Too Many Conne Action ». Vexée, la Suprême Botacliste alla s'asseoir dans un coin de la grotte dans un silence gêné.

« Hum... Je crois qu'il faut rien y voir de personnel chère Botacliste » observais-je pour la rassurer.

Un bruit étrange attira alors notre attention, la petite imprimante située à côté de l'ordinateur se mit à clignoter, puis elle imprima une feuille.

Je la saisis, dessus, un nom, une adresse et quelques codes à rallonge...

« Risse Slavomirdebout, Hum... ça me dit rien... » songeai-je

« Attendez ! » S'écria le Flegmatique Flanistologue du Caramélisme « Je pense qu'il s'agit de Risse Slavomir, on le surnommait le Beau Risse, un ancien mannequin à la retraite, j'pensais qu'il était mort, une rumeur prétendait qu'il avait été débité en tranches après être tombé dans une scierie géante... Du coup ils en avaient fait des posters pour les cours d'anatomie en fac de médecine. »

« Ce document semble en tout cas démontrer qu'il a dû recoller les morceaux. C'est bien une adresse martienne qui est indiquée dessus » je rangeai négligemment le document et me retournai « En tout cas, c'est pas ça qui va nous faire sortir de ce trou. »

« Regardez, là, on dirait qu'il y a une porte derrière cette armoire » hurla le Grand Crapoteur sans Flammèches.

En y regardant bien, il semblait qu'effectivement une grande armoire dissimulait quelque chose. Après l'avoir poussée, nous nous retrouvions bel et bien devant une porte.

Angoissés à l'idée de ce qui nous attendait de l'autre côté, nous désirions presque que celle-ci soit fermée. Faisant du regard le tour de la grotte dans laquelle nous étions coincés, je décidai qu'en fait, non. Je tournai alors la poignée curieusement assez richement ouvragée, contrastant cruellement avec l'aridité du reste de la pièce et produisant au passage une faute de goût assez impardonnable, il s'avéra que la porte était bien ouverte.

Face à nous, se dévoila brutalement une obscurité insondable, renvoyant l'écho infini de l'éternuement impromptu du Grand Déblatérateur Assermenté qui eut en outre le don de faire à tous une peur bleue.

« Diable, on y voit aussi clairement que dans un RP d'Acidalia » remarquai-je « Est-ce que quelqu'un aurait de quoi nous faire de la lumière ? »

Tous les regards se tournèrent vers le Grand Crapoteur sans Flammèches, celui-ci, d'abord outragé et légèrement mal à l'aise, finit par nous tendre avec une mauvaise grâce assez confondante un Zippo.

« Et bien, je crois que nous n'avons plus le choix » déclarai-je.

Un instant plus tard, nous fûmes happés par l'obscurité...









Episode 8 : Le labyrinthe

Nous avancions péniblement, la maigre lumière offerte par le Zippo du Grand Crapoteur à flammèche depuis longtemps éteinte, laissant le pauvre bougre dans une humeur massacrante, désormais privé de ses cigares de qualité douteuse.

Pour se venger, ce dernier se mit à pousser la chansonnette « Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir »...

- « Dites-donc Grand Crapoteur » demandais-je « N'auriez vous pas quelque air plus guilleret dans votre besace, histoire de nous encourager ? »

- « Un kilomètre à pied paumé dans le noir et sans lumière ça use ça use... » Enchaîna le vil saltimbanque amateur.

- « Bon je pense finalement que le silence serait préférable... » Concluai-je.

C'est dans cette quiétude toute relative que nous poursuivions notre chemin quand soudain un cri déchira le silence devant nous, semblant s'éloigner petit à petit, pour se terminer par un bruit mat que ne dédaignerait pas une tomate qui viendrait à la rencontre fortuite d'une raquette de tennis à l'heure du service de table.

- « Grand Curateur ! » m'interpella la Grande Magicobjeticienne de la Pire Hâterie, « J'ai bien peur que la Grande Poésitophage ne soit tombée dans un trou ! »

- « Voilà autre chose... »

Nous nous approchâmes avec force précautions du lieu d'où provenait le hurlement, quelques mètres plus loin, et nous constatâmes qu'effectivement, un énorme trou invisible sans lumière barrait le passage.

- « Hum... heu Grande Poésitophage, ça va bien ? » Osais-je.

Aucune réponse.
En tâtant les contours du trou de mes petites mains délicates, je m'aperçus qu'une échelle était arrimée à l'une des façades.

- « On dirait qu'il y a une échelle, j'ai bien peur que nous n'ayons d'autres choix que de descendre ».

Arrivé au bas de l'échelle, nous ne trouvâmes aucune trace de notre amie, quelque peu décontenancés, nos recherches furent interrompues par une étrange mélopée semblant venir d'un des tunnels sombre nous entourant.

« Merzi zaigneur, merzi zaigneur ! »

- « On dirait qu'il y a un gars qui cause pas loin » remarqua avec aisance le Grand Déblatérateur Assermenté.

Nous décidâmes de nous approcher prudemment de la source, et quelle ne fut pas notre surprise d'entr'apercevoir les reflets d'un feu, venant rappeler à nos iris endormis les joies d'un monde polychrome.

« Hum, dites mois Flegmatique Flanistologue du Caramélisme, que diriez vous d'aller en éclaireur voir ce qu'il se passe ? » demandais-je.

« Je dirais qu'il n'en est pas question ! » me rétorqua aimablement mais fermement le flan.

« Bon et bien... Allons-y tous ensemble alors » dis-je avec lassitude.

Le spectacle qui s'offrit à nous était effarant. Un énorme brasier était allumé, dont les flammes flamboyantes venaient lécher avec une avidité que je jugeais déplacée en telle circonstance le plafond pourtant haut de cette partie du labyrinthe. Autour du feu, un être étrange se trémoussait en une danse obscène au rythme d'éructations ineptes et monotones : « Merzi zaigneur, merzi zaigneur ! ».

Tout à coup, ce dernier nous aperçut et arrêta net ses élucubrations, je pus enfin mieux le regarder.

Il était quasi nu et dépenaillé, ce pauvre être ne devait pas souvent manger à sa faim au vu de ses membres décharnés, enfin, la taille, bien que décevante, de son appendice nous renseignait sur son sexe, tout en nous signifiant certainement pourquoi le pauvre bougre souhaitait vivre caché dans ces tristes grottes à l'abri du regard des autres.

Je jugeai alors opportun de donner corps à cette rencontre du troisième type bien que ce drôle de gars soit le premier que nous rencontrions ici.

« Hum, heu salut mec, heu, je suis le Grand Curateur Inamovible de la Société de Préservation du Village Vert, mais tu peux m'appeler Georj', et heu, voici les membres de la société... Je te passe les détails hein ? Et heu, à qui avons nous l'honneur ? »

« Ze me nomme Zantiriep ! » répondit-il en nous lorgnant d'un air suspicieux que je jugeais pour le moins contraire à tout bienséance eu égard au rôle d'hôte que le malotru était malgré tout censé observer.

« Salut Riep, c'est cool que tu sois gentil » observa avec une bonhomie convaincante la Grande Disperturbée AbsurdoCarnétologue.

C'est alors que la Grande Absolutioniste du Prieuré Neutronuke s'écria « Grand Curateur, Par les Grands Anciens, regardez ! Le corps de la Grande Poésitophage ! ».

Nous nous retournâmes tous vers l'endroit indiqué par la Grande Absolutioniste et en nous approchant, nous ne pûmes que constater l'atroce vérité. Proche du feu, les membres offrant des angles défiant tout théorème mathématique connu, gisait le corps sans vie de notre amie. Comble de l'horreur, elle semblait avoir été grignotée par endroit...

Je me retournait dès lors vers ce Riep, pas si gentil que ça finalement, pour l'interpeller avec force : « Dites donc mon jeune ami, ne vous a-t-ont jamais appris à vous servir d'un couteau et d'une fourchette pour manger ! » l'apostrophai-je écoeuré par tant de laisser-aller.

« Za m'appartient ! » osa-t-il « Z'est une offrande de mon Zaigneur Mictlan ! ».

« Je ne connais pas ce Mike Tlan, mais je m'en vais lui dire deux mots sur les us et coutumes des arts de la table ! » Décrétai-je.

Étrangement, le membres de la communauté semblaient un peu gênés par la tournure de la discussion, je décidai alors de recentrer les débats.
« Bon, passons... Dites sinon, vous ne connaîtriez pas un moyen de quitter ces cavernes par hasard ? » Demandai-je

Je vis passer une lueur d'effroi dans le regard hagard de notre nouvel ami, qui me déclara à chaud :
« Le Zphinz ! ».

« Le Zvinze... Le singe ? » Releva interloqué la Suprême Botacliste.

« Non, le Zphinze, un être horrible, z'est le gardien du labyrinthe... Il poze des questionz, des nigmes, et zi tu réponz paz bien, il te manze ! » enchaîna notre jeune ami dans une phrase remarquable de sens.

« Ah, le Sphinx » reprit la Suprême Botacliste.

« Oui z'est ze que ze dit, le Zphinz » souligna avec humeur le gentil Riep.

« Et bien, encore une fois nous n'avons guère le choix... Auriez-vous l'amabilité de nous conduire à lui cher ami ? » Demandais-je.

Une lueur de peur passant subrepticement dans son regard, ce dernier accepta.

« Et dites, Grand Curateur... Pour la Grande Poésitophage ? » demanda le Splendide Baveuristologue du Fraisier.

« Quoi ? Vous voulez en prendre un bout vous aussi ? » demandai-je avec des goûts douteux.

« Heu... je pensais seulement qu'une sépulture décente... ».

Il était évidemment impossible de creuser une tombe dans ce labyrinthe sans outils adéquats, nous décidâmes donc de jeter son corps dans les flammes. Quatre membres de la Société se saisirent d'elle, attendant mon signal. Ne restait plus que l'oraison funèbre qui résonna dans les galeries silencieuses.

« Un membre de la Société de Préservation du Village Vert qui meurt, c'est un peu une part de nous qui s'en va dans le néant... Et heu... Dans l'estomac du gentil Riep » Rajoutai-je mal à l'aise en regardant ce dernier lorgner avec un intérêt contrarié la dépouille.
« Elle avait tendance à un peu trop foncer tête baissée dans un mur, ce caractère sanguin qui a fait la réputation gustative d'autres champignons ne l'aura sans doute pas aidé. Retenons seulement ce camarade de bonne compagnie, ainsi que le poète, au langage raffiné, dont les derniers mots... Heu... hum ce « Arrrrgggghhhh ! » malgré tout inspiré au vu des circonstances, résonne encore dans nos âmes et dont l'écho maladif de ces sombres cavernes restera le plus bel écrin .
Adieu l'amie»

Le corps fut alors jeté dans les flammes qui crépitèrent d'envie, et, dévorant le corps sans vie, semblèrent renvoyer l'image d'un sourire affable tel que nous voudrions le garder dans nos souvenirs.

Je trouvais néanmoins une salutaire consolation en me disant que les vers ne festoieront pas avec le poète, ce qui était pour le moins ironique.

Je me retournais alors vers le gentil Riep « Et bien mon brave, en route pour le Sphinx ! ».







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